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CD/Disque
The Roots "The game theory"
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    Le groupe le plus célèbre du rap US underground était attendu au tournant, tant par ses fans (régulièrement partagés depuis leurs récentes expérimentations, qui l’ont vu déborder le champ du strict hip hop) que par les médias spécialisés, dont ils sont généralement très appréciés. Il confirme à tous son indépendance de tout critère commercial avec The Game theory.
Quatre ans après Phrenology, véritable OVNI dans lequel hip-hop, jazz, punk, rock, soul et R&B s’entremêlaient au gré de featurings flamboyants en cascade, deux ans après un Tipping Point qui marquait un retour à des recettes plus orthodoxes avec des samples (peut-être trop évidents) de Sly Stone et autres héros prisés par la frange la plus intellectuelle de la scène rap US, on pouvait se demander ce que les icônes de Philadelphie nous réservaient.
Le groupe de rap acoustique, flirtant parfois avec le jazz (on pense surtout à From the ground up, sorti en 1994, ou à la collaboration du groupe, la même année, avec Roy Ayers pour une reprise de Proceed sur l’excellent Red Hot + Cool), a quitté Geffen pour le célèbre Def Jam de Jay Z, ordinairement adepte d’un rap plus brut et plus traditionnel que celui auquel nous livre la bande de Black Thought depuis maintenant plus de douze ans. L’association pouvait faire craindre aux fans un formatage dans lequel se perdrait l’âme d’un rap resté jusque là relativement underground. Mais par bonheur, il n’en est rien, et The Game theory s’avère un très bon album.
La tonalité générale est sombre, à l’image de sa pochette, sur laquelle une potence gribouillée sur du papier journal semble montrer le Strange fruit cher aux militants américains livré à la trivialité et au voyeurisme de médias déshumanisés – dont parle d’ailleurs la chanson False media. Une atmosphère menaçante plane sur l’album, laissant parfois des éruptions d’énergie brute vous arracher les fesses de votre siège (des dansants Don’t feel right ou Long time à Here I come, trésor de rage potache, jouissive), ou la douceur de chœurs féminins se poser comme une caresse sur la carcasse rugueuse de ce rap souvent revendicatif.
Ces treize chansons sont soutenues par le groove imparable de ?uestlove, qui nous rappelle quel batteur exceptionnel il est. Car, rappelons-le, les Roots font de la musique et ne se contentent pas de plaquer des rimes sur des beats et des samples (ils en utilisent quelques-uns sur cet opus mais leur préfèrent souvent des interpolations), avec une vraie section de vraies cordes assurant l’incontournable quart d’heure romantique du groupe : si elles n’atteignent pas la dimension du tube You got me (avec Erykah Badu), Clock with no hands et Atonement nous jouent la carte des violons et de la voix féminine qui ramollissent nos petits cœurs après les quelques bonnes gifles qui nous ont été assenées. Sur la première de ces deux ballades, la voix est celle de Mercedes Martinez, autre figure de la scène de Philadelphie au sein des Jazzyfatnastees.
Parmi les autres invités du groupe, à noter la présence de Maimouna Youssef, MC, musicienne et réalisatrice de Baltimore, du groupe de hip hop afro-jazz Cirius B, Malik B, de retour après son éviction pour consommation de substances illicites, et les membres de Nouveau Riche, autre groupe philadelphien dont les influences brassent très large, de nos Roots à Sonic Youth en passant par les Beach Boys. Un casting plus familial, en somme, que sur les précédents albums.
Fanny Chiarello
Def Jam/Barclay (août 2006)
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- Myspace (extraits musicaux) |
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