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Divan du monde, Paris |
Divan du monde, Paris "Indie Moods recherche sa nouvelle star"
On commence à le savoir… Ce n’est plus du côté des maisons de disques qu’il faut aujourd’hui se tourner pour découvrir les nouveaux talents. Le 20 mai 2008, le Divan du Monde à Paris présentait la première soirée Indie Moods, réunissant 20 artistes découverts sur internet et compilés pour l’occasion. Parmi les grandes découvertes : Emmanuelle Cadoret, Grout/Grout et surtout Maud Lübeck !
Nous sommes en pleine semaine. L’été approche et le soleil commence déjà à faire concurrence aux salles de concerts. Pourtant ce soir, au Divan du Monde, il y a foule pour découvrir les 20 artistes de la compilation Indie Moods. À l’initiative du projet, Catherine Wattine, sorte de Marianne Faithfull à la française, propose au fil de la soirée d’écouter trois ou quatre titres d’artistes repérés sur le site communautaire CQFD des Inrockuptibles. Si la diversité musicale n’est pas forcément de mise, il faut bien avouer que la sélection (naturelle) est de grande tenue : Folk et pop à tous les étages et une certaine tendance à la mélancolie.
Cascadeur, lauréat du précédent concours CQFD, ouvre le concert, comme il se doit, en tenue de casse-cou, soit une combinaison de moto et un casque intégral vissé sur la tête. Si pour les acrobaties il faudra repasser, en revanche côté musique, le jeune homme montre qu’il peut aisément dompter le piano du Divan du Monde. Entre virtuosité et pop d’une autre époque, le cascadeur fait une entrée plutôt convaincante qui, et c’est dommage, aurait sûrement gagné en intensité avec un peu moins d’attitude...
En parfaite antithèse, une jeune femme enchaîne avec le minimum d’artifice. Il s’agit de la première claque de la soirée. Une guitare, un violoncelle et une poésie sèche sous le bras, Emmanuelle Cadoret se lance dans des chansons à l’état brut. Sûrement la facilité, on pense tout de suite à celles qu’on connaît déjà… On l’imagine en voisine de gammes d’une Françoiz Breut ou d’une Pauline Croze. Et puis, on oublie très vite les références encombrantes pour se noyer dans des histoires d’une incroyable intensité ; des narrations tout juste mâchées qui nous emmènent loin sur la baie de Tokyo. Emmanuelle Cadoret fait cohabiter les paradoxes dans des chansons dépouillées en perpétuel mouvement : la mélancolie se mêle à la révolte, la simplicité des mélodies se confronte à la complexité des récits, la sécheresse de la voix se frotte à la douceur des mots… Les chansons atteignent leur cible. La chanteuse a visé juste. L’émotion est à vif…
Emmanuelle Cadoret a bien failli nous emporter avec elle. Mais Indie Moods a largement trouvé de quoi combler notre appétit de notes avec d’autres personnages hauts en couleur, comme le modeste Grout/Grout. Humour, présence hasardeuse et folk partagé entre spleen et légèreté aérienne… Rien d’autre, c’est Grout/Grout ! Le garçon ne paye pas de mine. On se demande presque ce qu’il nous veut, assis derrière sa guitare. Pourtant, dès le premier morceau, on se fait avoir par la délicatesse qui vient nous surprendre l’air de rien. Grout/Grout ne cherche pas à séduire. Il laisse ses chansons faire tout le travail. Bien sûr ça prend un peu de temps, mais finalement seul l’essentiel reste, la musique. Pas de costume ajusté, pas de pause torturée, Grout/Grout chronique à sa manière l’absurdité du monde avec ironie, mais aussi avec une élégance inattendue… C’est aussi surprenant qu’un bûcheron qui viendrait nous chanter les louanges d’une marguerite !
Troisième et dernière belle surprise de ce petit festival, Maud Lübeck. On l’a vue juste avant jouer avec d’autres artistes d’Indie Moods, cachée derrière ses cheveux noirs. Quand elle entre en scène pour présenter ses propres morceaux, elle n’a plus d’autres choix que de prendre toute la place pour imposer ses chansons. Et toute la place, c’est peu dire... À peine, la jeune femme s’est installée au piano que le public dissipé se calme d’un seul coup. Elle capte l’attention, tout simplement. C’est la première scène de la jeune femme. On la sent concentrée, soucieuse de bien faire. La voix est claire et imposante. Bizarrement, on pense davantage à des voix d’actrices que de chanteuses, Catherine Deneuve ou même Anna Karina. Mais si Maud Lübeck a la classe des égéries de Gainsbourg, elle a surtout le génie musical de leur mentor. La fragilité en tenue de camouflage, la jeune femme s’oublie au piano dans des comptines pour adultes d’une beauté sidérante. Chez elle, les apparences sont trompeuses. C’est à chaque fois lorsqu’on croit que ses chansons sont innocentes qu’elles viennent en douce vous prendre à la gorge ! Quatre chansons et puis s’en va, Maud Lübeck laisse une forte impression derrière elle.
Difficile après ça d’en écouter plus… On repart comme on est venu avec la mélodie du Parapluie de Maud Lübeck dans la tête… Pour l’heure, Indie Moods s’achève auréolé d’un joli succès. Le collectif devrait prochainement organiser d’autres soirées « Découvertes » à Paris et dans toute la France. Si la sélection est de même qualité, il y a de fortes chances pour qu’on nous y reprenne très bientôt !
Crédits photos :
Grout/Grout : Candy Crocodile
Emmanuelle Cadoret : Lisa Roze
Maud Lubeck : Bellemont

Alexandre Barbera
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